Le Salon de l'Agriculture 2013

Jusqu'au 3 mars, au Parc des expositions

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  • Un charcutier breton. Comment on sait qu'il est breton ? Une intuition.

    © Emmanuel Chirache

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  • Un apprenti boucher.

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  • Voici "Doudou", qui produit et vend du Sancerre. Il fournit quelques grandes brasseries à Paris, dont le Zimmer.

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  • Du vin de Touraine et du Crémant de Loire produit par Jacques Dutertre et sa famille.

    © Emmanuel Chirache

  • Jacques Dutertre est probablement le doyen du Salon de l'Agriculture. Il a participé aux 50 salons depuis sa création, et même à son ancêtre, le Salon du Machinisme agricole.

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  • Peinture abstraite ? Non, du miel.

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  • Charlie et la chocolaterie.

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  • Un brasseur breton sachant brasser sa Britt.

    © Emmanuel Chirache

  • « Ty Gwenn » ou « maison blanche » en breton. Hommage à la bière de Michelle Obama.

    © Emmanuel Chirache

  • Si vous avez l'art du choix, vous prenez le saucisson ardéchois.

    © Emmanuel Chirache

  • Au Salon de l'Agriculture, on trouve aussi de sympathiques confréries.

    © Emmanuel Chirache


« Mais c'est pas un cochon ça, c'est une vache ! »... Pas de doute, vous êtes bien au Salon de l'Agriculture, fête foraine pour citadins en mal de nature, étape de haute importance pour prétendre au certificat officiel de Parisien véritable.

Si c'est votre première, accrochez-vous. On se sent tout petit en arrivant, écrasé par les immenses bâtiments gris, les allées bétonnées et le monde qui défile : petits, grands, grands-parents... La ville entière semble s'être exilée ici, pour grappiller un peu de campagne, caresser le cul d'une Charolaise, boire du pinot à l'œil, engloutir un bout de jambon gratos ou gagner deux ou trois gadgets publicitaires. Mise à part la douce odeur de fumier qui flotte dans l'air et pour un peu que Yannick Noah se mette à chanter, on pourrait presque se croire à la Fête de l'Huma.

Réparties dans les différents halls, les enseignes de distributeurs et les grandes marques sont venues profiter de cet immuable rendez-vous avec leurs consommateurs pour redorer un peu leur image. Chacun y va de son petit numéro. Vous voulez assister à la naissance d'un poussin en direct ? Pas de problème, c'est au fond du hall 3, oui, à l'opposé du terrain de cross, c'est ça. Et sur le chemin, ne manquez pas les bouchers en goguette qui taillent de la bidoche sur du Vivaldi. Et partout au milieu de la foule : des vaches, des cochons, des producteurs, des moutons, des poules, des éleveurs, des chèvres, des chevaux, des chiens et même des politiques (coucou Roselyne).

© Emmanuel Chirache


Devant ce grand capharnaüm, on finit par se poser la question : finalement, à quoi sert le Salon de l'Agriculture ? Pour le côté politique, on a bien saisi, l'exercice est imparable depuis les balbutiements de la Ve République. Allez, on pige également pour les enfants, ça les change des parcmètres et des pigeons. On comprend aussi pour les agriculteurs, c'est l'occasion de sortir de son isolement, de retrouver ses vieux potes, d'échanger sur ses difficultés, de se donner des nouvelles du front.

Mais pour vous, pour moi, pour nous ? Si vous avez déjà vu une vache en vrai, il n'y aura rien de galvanisant à contempler toutes ces pauvres bêtes dans leurs petits enclos. Mais au-delà du côté zoo, il y a surtout tous ces gens qui viennent partager leur passion pour le monde agricole... Et leurs bons produits. A force d'avoir vu Chirac se gaver de sauciflard, de vin, de fromage, de bière et de chocolat, on sait tous que le Salon de l'Agriculture, c'est aussi ça. Des centaines de producteurs venus promouvoir leur savoir-faire. Et en ces temps incertains où l'on ne peut même plus compter sur un bon plat de lasagnes à réchauffer, c'est plutôt appréciable de se retrouver en face de l'homme qui fabrique la terrine que vous allez manger.

Alors si vous êtes en quête de bons produits régionaux, c'est au hall 7 que les choses se passent. Tentant ? Bien sûr, mais il faut savoir faire le tri. Tout n'est pas bon dans le Salon, et il est parfois difficile de faire la part des choses entre les vrais producteurs et les revendeurs. Il faut savoir qu'une place ici vaut de l'or (dans les 7 000 euros) et que tous les exploitants, même aidés ou financés par les régions, ne peuvent pas se permettre pareil investissement. 



Alors pour vous guider dans les méandres de la ripaille, voici un petit traité d'orientation à l'usage du Parisien en milieu agricole :

- D'abord, méfiez-vous de l'apparat. En règle générale, trop d'investissement sur le costume cache quelque chose de louche. Evitez donc les « total looks » (béret basque + foulard + pantalon blanc + pelote à la main). Ce qui est vrai dans la vie, est vrai au Salon de l'Agriculture. 

- Cherchez les confréries gourmandes. En général, les Compagnons du Brie de Meaux savent où manger du brie qui se respecte et où boire le vin qui va avec. En plus, ce qui est pratique, c'est qu'avec leurs jolis costumes, vous ne pouvez pas les louper.

- Jouez au ping-pong, rebondissez d'un stand à l'autre. Demandez à chaque fois à ce que l'on vous dirige vers un autre étal. Ainsi, vous pourrez fanfaronner en arrivant : « Je viens de la part de Michel », on vous aura directement à la bonne.

- Jetez un œil aux mains des exposants. Bah oui, on ne cultive pas de vignes avec le dos de la cuillère. Travailler la terre, ça use les menottes (oui, beaucoup plus que taper sur un clavier) : « Ah, c'est tellement râpé que ma femme n'a plus de poil au... bref. »

- Ne vous jetez pas sur la nourriture offerte en dégustation, avant de repartir sauvagement vider une autre assiette de saucisson. Ca a le don d'énerver tout le monde. Le Salon, c'est aussi l'occasion de prendre le temps de parler avec les producteurs, d'écouter l'histoire de leur exploitation, de leurs produits. Ca ne mange pas de pain, et puis ce n'est pas comme si on vous faisait le coup à chaque fois que vous descendez au Monoprix.

- Et achetez. Pas grand-chose, personne ne vous oblige à claquer 200 euros. Mais une bonne bouteille de vin, un fromage, un saucisson. Pour une fois, qu'il n'y a pas d'intermédiaire, profitez-en.

 

© Emmanuel Chirache


Nos bons plans :

Si vous êtes fatigué par le bruit et la foule (ça arrive vite) : Le 3e étage du hall 7, quasiment déserté par les visiteurs, mais rempli d'exploitants tout disposés à vous faire partager leurs gourmandises. 

Du vin : Mesdames, messieurs, si vous voulez voir le doyen du Salon de l'Agriculture, c'est par ici que ça se passe. Jacques Dutertre a participé aux cinquante éditions du Salon, c'est dire. A l'âge de la retraite, il vend encore son vin de Touraine-Amboise, au 3e étage du hall numéro 7, une terre trop souvent laissée en jachère par les visiteurs. Grave erreur, car ses blancs secs comme son moelleux valent de s'arrêter. Les bouteilles ne sont pas chères compte tenu de l'excellente tenue de cet AOC fabriqué à Limeray vers Amboise, « place du Tertre », comme à Paris.

Du chocolat français : Et si un jour l'expression « chocolat picard » devenait banale ? C'est en tout cas le pari réussi par la chocolaterie de Beussent Lachelle, une entreprise familiale dirigée par Bruno Derick et qui possède ses propres cacaotiers en Equateur. De la production à la distribution, c'est toute la filière qui est maîtrisée par ces maîtres chocolatiers, ce qui explique la qualité de leurs gourmandises pour un prix somme toute raisonnable. Comme nous l'apprend Alexandre Derick, « le chocolat, c'est un peu comme le vin, il existe des cépages, et des bonnes ou mauvaises années. Etant donné que notre chocolat n'est pas un alliage de différentes sortes, son goût est plus naturel, et il varie selon les saisons. » A déguster aussi au troisième étage du hall 7.

De belles charcuteries : Deux adresses valent mieux qu'une. Vous pouvez vous procurer d'excellentes charcuteries lorraines du côté de la ferme Haffner au deuxième étage du hall 7, où Laurence vous accueillera avec bonne humeur, mais aussi chez les Ardéchois des salaisons Teyssier, un étage plus haut. Ici, on est loin du « dix saucissons pour 5 euros » que pratiquent d'autres étalages, un dumping pas vraiment dans l'intérêt du consommateur (bonjour le gras dans le saucisson), vu d'un mauvais œil du côté de ceux qui estiment que la qualité se paye.

De la bière bretonne : La Brasserie de Bretagne a gagné tellement de prix avec ses bières produites localement (citons la Britt, la Dremmwell ou la Celtika) que Serge Quemener prie pour ne plus en obtenir : « Ca coûte assez cher de faire étiqueter nos bières avec les médailles, c'est à nos frais, alors comme on a déjà gagné pas mal de concours, ce n'est pas un drame si cette année nous rentrons bredouilles. » Ces sympathiques brasseurs ont déjà créé une douzaine de marques et ils ne comptent pas s'arrêter là. Leur dernière trouvaille en date s'appelle la Ty Gwenn, ce qui signifie « maison blanche », un hommage à la bière fabriquée par la Maison blanche sous l'impulsion de Barack Obama.

Du fromage : Ca serait dommage de repartir d'ici sans un beau bout de comté. Vous trouverez les producteurs de la Fruitière des Suchaux, dans le hall 3, au rez-de-chaussée, pas très loin des Montbéliardes, race laitière à l'origine de ces beaux fromages.

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