Une douce imprudence

© Laurent Philippe

Le plateau est vide lorsqu'Eric Lamoureux et Thierry Thieû Niang le foulent. Silhouettes graciles dans un cube noir bientôt irradié par des spots situés de part et d'autres de la scène. Ensemble, les deux danseurs vont pendant plusieurs minutes déployer cérémoniellement sur le sol une dizaine de couvertures. Accessoires métamorphosés tout au long de leur chorégraphie, aménageant le plateau en un paysage lunaire ou brouillé de saillies rocheuses. Des sculptures nées de la danse elle-même, façonnées et torsadées par les pirouettes et les déséquilibres du corps. Puis petit à petit, les couvertures duveteuses vont s'échapper du sol, pour venir bousculer les danseurs. En robe ou en turban, le tissu va opérer une sensible mobilité des corps, alourdissant le poids de la tête, emmaillotant les hanches. Jusqu'à ce qu'Eric Lamoureux se fasse entièrement happer par une couverture anthracite, et soulevé à bout de bras par Thierry Thieû Niang, tel Sisyphe sur sa colline.

Duo intime de cinquante minutes, 'Une douce imprudence' explore avec finesse et douceur le lien qui unit ses deux danseurs. Dans une atmosphère magnétique, on ressent la tension entre les objets, la musique (superbe voix de Sidsel Endresen) et les corps tantôt entrelacés tantôt dressés d'Eric et Thierry. Une sorte de bromance corporelle à la lueur des projecteurs.

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