La Mécanique des dessous – Une histoire indiscrète de la silhouette

Notre sélection
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Panier à coudes articulé, vers 1770, et corps à baleines, vers 1740-1760 / Paris, Les Arts Décoratifs, collection Mode et Textile et dépôt du musée de Cluny ©Patricia Canino
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Publicité pour le maillot de bain Wonderjock d’AussieBum, 2007 ©Aussiebum, photo : Sean Ashby
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Tournure cage, modèle papillon, vers 1872 / Paris, collection Falbalas ©Patricia Canino
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Justaucorps, vers 1730-1740 / Paris, Les Arts Décoratifs, collection Mode et Textile ©Patricia Canino
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Combiné, Photographie de dépôt de modèle, 1954 / Paris, Les Arts Décoratifs, photothèque, don mars 1963 ©Les Arts Décoratifs, photothèque
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Bas rembourré ou faux-mollet, 1850-1890 / Paris, Les Arts Décoratifs, collection Union française des arts du costume ©Les Arts Décoratifs, photo Jean Tholance
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Publicité pour le slip Kangourou, 1948 / Collection particulière ©DR

« Nos habits sont de fer, ils sont l'invention de siècles barbares et gothiques. Il faut que vous brisiez ces fers, si vous voulez devenir libres et heureux », disait Bernard Faust en 1792, dans les remous de la Révolution française. On peine à le contredire tant les tenues retorses réunies ici, qui compressent, musellent, pétrissent, soutiennent et enlacent, s'apparentent plus à des instruments de torture qu'à des vêtements – que l'on imposait parfois aux enfants dès l'âge de 2 ou 3 ans.

Soucieux d'obéir aux canons de la mode, même les plus grotesques, hommes et femmes (les plus fortunés surtout) ont malmené leur corps pour en faire une matière modelable, faisant passer leur image avant leur bien-être. Tantôt gonflée pour paraître tout en courbes à coups de faux-culs comme Robert Crumb n'aurait osé les dessiner ou de rembourrages aux mollets (quand ceux-ci symbolisaient la vigueur du mâle), la silhouette fut aussi écrasée, aplatie, neutralisée quand l'époque le demandait. Avec toujours, au-delà du seul jeu de l'apparence, le poids du marqueur social : façonné par le vêtement, le corps devient l'incarnation d'un statut, l'indication d'une naissance aristocratique, le manifeste d'une virilité exacerbée ou d'une piété rigoureuse.

Du Moyen Age à nos jours, le parcours du musée des Arts décoratifs déroule cette obsession de l'apparence sur un ton plaisant, à la fois érudit et ludique. Quelques idées malignes, comme l'évolution des mannequins de bois, les reprises parodiques d'habits d'antan par des couturiers d'aujourd'hui ou ce salon d'essayage qui permet de se glisser dans un corset ou une robe en cage, offrent non seulement au visiteur l'occasion de découvrir une nuée de tenues aussi étonnantes qu'absurdes, mais aussi de mener une intéressante réflexion sur le rapport de l'homme (et de la femme) à son image. D'ailleurs, si le XXe siècle voit Monsieur délaisser les trucages jusqu'à ce qu'ils reviennent à la mode dans les années 2000, il est intéressant de voir qu'autrefois, il était souvent aussi étrangement attifé que Madame. Et lorsque l'on contemple les improbables tenues des siècles passés avec un sourire moqueur en coin, on ferait bien de garder en tête que la dictature des régimes, de la chirurgie esthétique et de la musculation ne sont finalement que la continuité – encore plus extrême ? – des baleines étouffantes et des pourpoints farfelus de jadis.

> Horaires : du mardi au dimanche, de 11h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h.

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