Notre Commune, histoire méconnue racontée sur un char

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© David Buizard

On ne compte plus le nombre de squelettes dans le placard de l’Histoire de France. Entre mémoire et oubli, le pouvoir politique a souvent manipulé ce bien commun, se plaçant sous l’égide d’hommes célèbres et respectés (Guy Môquet récemment) ou simulant une durable crise d’amnésie. La Commune, épisode des plus symboliques pour une large part de la gauche française, est de ces événements qui ne figurent pas dans les manuels scolaires. En fait, peu de Français (et donc de Parisiens) semblent connaître au moins quelques aspects de « la dernière des Révolutions » et de la répression féroce qui y mit un terme.

La compagnie des Lorialets s’est donnée pour mission de réveiller un peu la conscience populaire avec ‘Notre Commune, histoire méconnue racontée sur un char’. Comme l’annonce le titre, les machines sont de la partie ; le spectacle débute par une déambulation en plein air dans les jardins de la Cartoucherie, quand un type au regard hanté harangue les spectateurs depuis un char, l’invitant à le suivre. Derrière le volant du véhicule, un autre fantôme de communard, participant à sa manière à la pièce. Inutile d’en dévoiler trop ici, tant le spectacle se v(o)it plus qu’il ne se raconte. Simplement, on ne peut que saluer l’excellence de Mathieu Coblentz, récitant, scandant, chantant des textes et témoignages d’époque (notamment de Louise Michel et Eugène Pottier) accompagnés d’une création musicale de belle facture. A ces mots répondent les gestes, mimes et manipulations d’objets divers orchestrées par Vincent Lefevre dans un rôle muet et hyperactif.

La mise en scène signée Caroline Panzera dévoile des merveilles d’inventivité, entre théâtre de rue, conte et satire, usant sans jamais en abuser de marionnettes, masques et pyrotechnie. Un régal pour les yeux et l’intellect, aussi bien destiné aux enfants qu’aux adultes, mais qui ne tait pas pour autant ce qu’il peut y avoir de subversif dans ce soulèvement du peuple parisien contre l’Etat ; il est d’ailleurs assez cocasse d’entendre l’armée conspuée dans une ancienne réserve militaire. On redécouvre la Ville Lumière sous ses aspects les plus sombres, un Paris en lutte de Montmartre à Belleville, des buttes Chaumont à la Bastille, où le canon gronde, le sang coule, et dont les habitants sont bien décidés à défendre une certaine idée de la République. Et comme il est toujours bon de se rafraîchir la mémoire (et de se forger une conscience politique), on vous recommande chaudement d’aller réviser l’Histoire avec les Lorialets.

Téléphone de l'événement 01.43.74.24.08
Site Web de l'événement http://leslorialets.free.fr
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