20 000 jours sur Terre

Cinéma, Drame
Recommandé
5 sur 5 étoiles
20 000 jours sur Terre

Time Out dit

5 sur 5 étoiles

Il faut l’avouer, rares sont les documentaires musicaux de cette trempe : dès les premières secondes, ‘20 000 jours sur Terre’ tranche en effet radicalement avec le tout-venant du genre, synthétisant dans son générique les 19 999 premiers jours de la vie de Nick Cave à travers un patchwork, aussi épatant qu’épileptique, d’archives visuelles et sonores. Puis, le film s’ouvre sur le jour d’après, celui qui donne son titre à ce long métrage de Iain Forsyth et Jane Pollard, où l’on suit pendant 24 heures l’artiste australien, résidant désormais à Brighton, au sud de l’Angleterre. C’est là la première originalité : évacuer la longue carrière de Nick Cave pour n’en saisir qu’un moment, à travers une unité de temps (une journée) et de lieu (Brighton) inattendue pour ce type de documentaire.

Sa deuxième grande force, immédiatement perceptible, est l’implication personnelle de l’artiste, à la fois narrateur (en voix-off) et guide. La question de la création au quotidien s’y voit alors abordée de manière assez inédite, très franche, directe, sans attitude poseuse ni mystification. L’écriture, la naissance d’une idée, l’imagination, la poétique fondée sur l’oxymore ou la confrontation de réalités antagonistes : Cave s’exprime sans duplicité et partage très naturellement les motivations de son écriture. Aussi le souvenir, que Cave dit considérer comme le cœur de sa dynamique, remplace-t-il de fait les habituels repères biographiques ou temporels, transformant le film en une rêverie mnésique, alternant psychanalyse, exorcisme et anecdotes sur son enfance, ses premiers concerts – dont un, manifestement mémorable, avec une Nina Simone aux airs ogresques.

Paternité et vie de famille (on assiste notamment à une séquence à la fois drôle et délicate, où Nick Cave regarde ‘Scarface’ avec ses jumeaux), premières amours, déconstruction du mythe de la rock star, mystique et mythologie personnelles, '20 000 jours sur Terre’ aborde des thèmes puissants, au gré des rencontres de Cave avec ses amis ou collaborateurs : en studio d’enregistrement, dans la cuisine d’une maison de campagne ou au volant de sa Jaguar. Aux côtés de Blixa Bargeld (ancien guitariste des Bad Seeds, de 1983 à 2003), de Kylie Minogue ou de son compère Warren Ellis, Cave offre parfois de lui-même un portrait en creux, n’hésitant pas à céder la parole ou à exprimer beaucoup en disant peu – par exemple, à travers les questions qu’il pose à ses comparses.

Enfin, si chacune des séquences de cet étonnant film, à mi-chemin entre documentaire et autofiction, se mêle parfaitement aux autres, c’est aussi grâce à une réalisation impeccable, où abondent les gros plans fétichistes sur le matériel analogique ou vintage utilisé par Cave : machine à écrire, synthétiseur, cassettes de répondeur ou bandes magnétiques… Au bout du compte, si l’on savait déjà Nick Cave auteur, compositeur, chanteur, poète et romancier, on découvre clairement avec ’20 000 jours sur Terre’ une nouvelle et passionnante facette de son œuvre polymorphe. Evidemment, ceux qui apprécient sa musique se délecteront du moindre moment. Mais les autres ne bouderont certainement pas leur plaisir devant ce long métrage en tous points remarquable.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
vendredi 19 septembre 2014
Durée
97 mins

Crédits

Réalisateur
Iain Forsyth, Jane Pollard
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