Atlas

Cinéma, Documentaire
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4 sur 5 étoiles
Atlas

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

« Le processus d'érosion des discours esthétiques et des langages documentaires figés rend nécessaire l'invention de formes hybrides ou inédites qui renouvellent ainsi notre perception du réel. » C'est en effet un objet hybride que nous propose Antoine d'Agata. Documentaire construit comme un journal intime, film enchaînant des plans fixes qui se déploient au ralenti, images silencieuses soulignées par des voix-off extraites d'entretiens réalisés avec prostituées, 'Atlas' trace un sillon exigeant et original.

Pendant de l'exposition 'Anticorps' que le photographe marseillais avait présentée au BAL au printemps 2013, 'Atlas' se vit comme une douloureuse odyssée dans les coulisses de notre société moderne, au cœur d'un inframonde glauque où règnent pornographie, drogue et violence. D'Agata oblitère une fois encore toute distance avec son sujet âpre : il laisse à voir les corps marqués, des regards vides, des filles sur le bord de la route, des scènes crues de coït ou de piqûre.

Si l'immobilité de la caméra rappelle que d'Agata est avant tout photographe, la lenteur des plans et les voix lancinantes de ces prostituées qui racontent leurs existences dévastées donnent une dimension supplémentaire à ces images. Là où l'exposition laissait toute liberté au visiteur de contempler ou non un cliché, le cinéma ne permet pas de détourner le regard, et nous imprègne immédiatement de cette atmosphère pesante et vaporeuse qui caractérise le film. Dur, dérangeant, 'Atlas' dégage tout de même une incroyable beauté. La magnificence de certains plans, le jeu des couleurs, le travail des lumières et la langueur du montage troublent nos sens. On finit par avoir l'impression de vivre un rêve primitif et délicat, une lente agonie narcotique, où plus rien d'autre n'existe que des corps qui tentent de trouver le réconfort comme ils peuvent.

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