Baal

Cinéma
3 sur 5 étoiles
Baal - Rainer Werner Fassbinder

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

La résurrection d’une adaptation inédite de la pièce de Brecht, mise en scène par Volker Schlöndorff avec Rainer Werner Fassbinder dans l’un de ses tout premiers rôles au cinéma : voici donc une curiosité vintage drôlement barrée.

Interdit de diffusion pendant près de 45 ans par les ayants droit de Bertolt Brecht, 'Baal' refait donc surface aujourd’hui, avec de bonnes vieilles effluves de krautrock et d’idéologie libertaire soixante-huitarde. Il faut dire que la pièce elle-même, la première écrite par le futur théoricien de la distanciation, ressemble à un appel pur et simple à l’insurrection et à l’anarchie. Inspiré par le Rimbaud du fameux « long et raisonné dérèglement de tous les sens », le personnage de Baal picole en effet comme un trou, couche avec tout ce qui passe et, parfois, écrit de grandioses poèmes qu’il lit, complètement saoul, devant un public de routiers ou de piliers de bar.

Or, toute la force du film de Schlöndorff – originellement produit pour la télévision allemande – est de paraître lui-même passablement ivre, tourné caméra au poing au gré des divagations de son intense anti-héros, incarné par un Fassbinder diaboliquement excessif. Si bien qu’entre grotesque et sublime, autodérision et premier degré, 'Baal' tient toute sa cohérence de son je-m’en-foutisme poétique, fiévreux, suintant de vapeurs de schnaps et de bière tiédasse sur un matelas pouilleux. Expérimentation à mi-chemin entre théâtre et cinéma (à la manière du 'Out 1 : Noli me tangere' de Rivette à la même époque), 'Baal' ressemble ainsi à une bouffée d’air pas vraiment frais, mais étrangement enivrant. Idéal après avoir écouté Ash Ra Tempel ou Faust en fumant avec de vieux hippies.

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Durée
87 mins

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