Crosswind : la croisée des vents

Cinéma, Drame
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4 sur 5 étoiles
Crosswind : la croisée des vents

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Audace, radicalité, distance critique, le tout au service d’une esthétique tout bonnement incroyable : à tout juste 27 ans, le jeune Estonien Martti Helde fait une entrée fracassante sur la scène du cinéma d’auteur européen, avec ce premier long métrage aussi inattendu qu’époustouflant.

D’autant plus impressionnant, d’ailleurs, qu’il s’attaque à un sujet complexe – et pas franchement folichon –, entre réflexion historique sur les massacres du XXe siècle et devoir de mémoire. Le 14 juin 1941, les familles estoniennes sont chassées de leurs habitations et déportées en Sibérie. Séparée de son mari par les milices staliniennes, Erna, une jeune mère de famille, lui écrira pendant quinze ans dans l’espoir de le revoir un jour. Ses lettres, authentiques et souvent poignantes, forment en voix off la bande-son, décharnée et spectrale, de ‘Crosswind’.

Un souffle méditatif et un rythme intime, celui du souvenir, de l’espérance malgré les coups durs, la solitude et les privations : en dépit de son apparente austérité, l’aspect épistolaire et singulier de la narration dévoile un champ de réflexion vaste, profond, poétique et en même temps très humble et personnel. Une véritable démonstration des puissances de la voix off, qui peut faire penser à l’usage qu’en faisait Chris Marker (par exemple dans son superbe poème filmique ‘Sans Soleil’, en 1983).

Mais c’est surtout sur le plan graphique que ‘Crosswind’ apparaît d’une originalité assez éclatante, lorgnant habilement vers la photographie, ce qui lui permet d’éviter la classique reconstitution romanesque pseudo-historique (type ‘American Sniper’ ou ‘Selma’). Plus précisément, chaque séquence se voit composée comme un tableau, au sein duquel la caméra serpente au gré de longs et majestueux travellings en plans-séquences parmi les acteurs immobiles.

Sans doute certains considèreront-ils d’abord ce dispositif, expérimental mais accessible, comme une coquetterie inutilement formaliste (un peu comme le faux plan-séquence de ‘Birdman’, parfois jugé tape-à-l’œil – bien qu’à tort selon nous). Pourtant, très vite, le charme songeur de cette mise en scène au parti-pris minimal commence à faire mouche, plongeant le public dans une expérience sensitive assez inédite, où les mots et les images se complètent comme un puzzle aux dimensions vertigineuses dans la conscience du spectateur.

D’une créativité cinématographique qui rappelle celle des maîtres du cinéma russe (Tarkovski et Sokourov en particulier) ou d’Europe de l’Est (Béla Tarr, surtout), ‘Crosswind’ s’affirme comme une œuvre forte et ambitieuse, hardie sans être ardue. Souvenez-vous donc du nom de Martti Helde. Ce jeune cinéaste est à suivre de près.

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