Recevez Time Out dans votre boite mail

Jauja

  • Cinéma
  • 4 sur 5 étoiles
Publicité

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Dès les premières secondes du nouveau long métrage de l’Argentin Lisandro Alonso (qui se révèle à la fois comme son plus accessible et son plus ambitieux), 'Jauja' est présenté comme une mythique terre promise, lointaine, au-delà d’un désert perdu au fin fond de la Patagonie, dont personne n’est jamais revenu – et où, paraît-il, pourrait résider le bonheur.

Poésie décharnée, rêverie légendaire, laconisme sensuel : le film d’Alonso, merveilleusement étrange, ressemble à une fantasmagorie stoïque, un conte minéral, mais aussi – et surtout – à une forme de retour aux origines du cinéma. Format carré, stricts plans fixes, jeu sur la profondeur de champ : au fond, le langage filmique que développe, souvent brillamment, le cinéaste de Buenos Aires à travers ce film s’apparente peu ou prou à celui des frères Lumière. Mais comme un rêve en couleur – et quelles couleurs !

Producteur et principal acteur du film, Viggo Mortensen y interprète un ingénieur danois, le capitaine Gunnar Dinesen, débarqué en Patagonie à la fin du XIXe siècle avec sa fille d’une quinzaine d’années, Ingeborg, pour travailler sur un camp militaire aux ambitions coloniales (où l’on s’apprête assez manifestement à massacrer quelque mystérieuse population aborigène). Bientôt, les soldats se font de plus en plus inquiétants, d’autant qu’Ingeborg apparaît comme la seule présence féminine à des kilomètres à la ronde… avant de subitement s’évanouir dans la nature. Fou d’amour et d’inquiétude pour sa fille, notre Viggo, aussi héroïque que dépassé, se lance alors dans un improbable périple à travers le désert, entre conte de fée et chemin de croix.

Paradoxalement, il y aurait à la fois beaucoup et peu de choses à dire sur 'Jauja'. Beaucoup, car en retournant aux origines d’un cinéma archaïque, Lisandro Alonso tend à offrir à son médium des lignes de fuite minimales mais d’une rare beauté visuelle. En même temps, la picturalité de 'Jauja' fait qu'il s'agit aussi d'une œuvre à contempler, à savourer méditativement hors de tout commentaire. A mi-chemin entre humour pince-sans-rire, radicalité d’artiste brut et modernité cinématographique, l’Argentin paraît réinventer le septième art avec audace et tendresse.

Son histoire d’amour, aussi pure qu’éperdue, d’un père pour sa fille (thème qui traversait déjà 'Los Muertos' en 2004) s’avère d’ailleurs parfois d’une beauté à pleurer. Tour à tour épique et paumé, exigeant et empli de doutes, 'Jauja' restera clairement comme l’un des films les plus personnels et originaux de l’année. Sans doute déstabilisant pour certains par son rythme souverainement lent, il n’en reste pas moins une œuvre d’une rare authenticité, riche de promesses et de visions poétiques.

Écrit par Alexandre Prouvèze

Détails de la sortie

  • Date de sortie:vendredi 10 avril 2015
  • Durée:108 mins

Crédits

  • Réalisateur:Lisandro Alonso
  • Scénariste:Lisandro Alonso, Fabian Casas
  • Acteurs:
    • Viggo Mortensen
    • Ghita Nørby
    • Diego Roman
    • Viilbjørk Malling Agger
Publicité
Vous aimerez aussi