Les Nuits d'été

Cinéma, Comédie
3 sur 5 étoiles
Les Nuits d'été

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Pour son premier long métrage, Mario Fanfani nous donne à voir un aspect peu commun du quotidien pendant la guerre d’Algérie. A Metz, en 1959, malgré la douceur des soirs d’été, l’atmosphère est lourde et de jeunes soldats sont envoyés sur le front. Pour oublier les tourments d’« une guerre qui n’a pas de sens », un petit groupe d’hommes, tous amateurs des étoffes de ces dames, décident de se travestir et d’apprendre à devenir femmes, légères et volubiles. Ensemble, ils trouvent refuge dans la résidence secondaire de Michel (Guillaume de Tonquédec) rebaptisée la Villa Mimi, où ils fondent un espace destiné aux plaisirs et à la liberté. Ils viennent s’y retrouver pour chanter, se livrer à des marivaudages drolatiques dont ils sont les premiers spectateurs.

Largement inspiré d’un livre de photos américaines des années 1950 (‘Casa Susanna’), le long métrage reprend non seulement le thème du travestissement masculin, mais également l’atmosphère joyeuse et rurale de ces clichés d’époque. Un peu comme si Mario Fanfani avait voulu donner vie à ces personnages de papier, les laisser s’adonner une dernière fois à des activités féminines banales qui semblent faire leur bonheur. Dans un espace-temps où il n’existerait aucune lisière entre l’art et la vie, on pourrait tout à fait imaginer les jolies scènes de campagne et de cabaret des ‘Nuits d’été’ photographiées par Martin Parr. Filmée au format 1:37, c’est-à-dire presque carré, l’œuvre de Mario Fanfani se révèle d’une esthétique très réussie, toute empreinte de bienveillance pour ses personnages. Le tout est relevé d’une bande-son sympathique mêlant Boris Vian à Jeanne Moreau, et pimenté de quelques subtiles références cinématographiques, notamment à ‘Et Dieu créa la femme’.

Rythmée par la double vie de Michel et ses allers-retours entre ville et campagne, la première partie du film reste assez lente et monotone – du moins jusqu’à la fondation de la Villa Mimi –, alors que le second volet se veut plus théâtral et interactif. Nous découvrons un peu mieux les personnages, tout comme le penchant inexplicable qui les lie et les entraîne à cultiver leur part de féminité. La relation entre Michel et sa femme, Hélène (Jeanne Balibar), prend elle aussi un tournant plus intéressant ; nous comprenons que, même durant ces longues heures passées à se travestir et à se maquiller, Michel n’a pas cessé une seconde d’aimer Hélène. Et, l’air de rien, le réalisateur nous mène par la main vers une fin assez proche de celle d’'Une nouvelle amie’ de François Ozon. En effet, il importe peu que les femmes s’habillent en hommes, ou qu’elles tombent amoureuses d’hommes déguisés en femmes ; le fait est que nous côtoyons et étreignons des êtres singuliers qui, comme dans les pièces de Marivaux, se plaisent à jouer sur les apparences pour déjouer les conventions sociales. 

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