Near Death Experience

Cinéma, Drame
3 sur 5 étoiles
Near Death Experience

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Après le succès populaire du ‘Grand Soir’ en 2012 (avec Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde en punks à chien quadragénaires), le tandem grolandais Delépine-Kervern revient avec son film le plus décharné et – osons le mot – « expérimental » à ce jour, qui semble renouer avec la veine contemplative et surréaliste de leurs premiers films, ‘Aaltra’ (2004) ou ‘Avida’ (2006). L’histoire est simple : après des années de vie morne et paisible, Paul (Michel Houellebecq) craque. A 56 ans, il fout le camp à vélo à travers les montagnes pour mettre un terme à sa vie. En attendant de trouver la force de disparaître, Paul erre dans la nature, savourant comme un condamné à mort ses dernières cigarettes.

Quasiment seul à l’écran du début à la fin du film, l’auteur de ‘La Carte et le Territoire’ crève tout simplement l’écran avec sa silhouette fragile, sa gueule cassée incroyable, presque méconnaissable, tandis que sa voix délicate, désabusée, au timbre sourd, marmonne en off quelques saillies philosophiques et quotidiennes, d’une drôlerie parfois irrésistible. C’est austère, bien sûr, à la manière du ‘Gerry’ de Gus Van Sant. Mais bientôt le film se fait double, basculant presque dans le métadiscours. Car si l’on suit l’histoire de Paul, c’est en fait fondamentalement de Houellebecq qu’il s’agit. D’un écrivain-star – le seul à bénéficier d’une telle stature médiatique en France – devenu artiste de l’autodestruction systématique (comme Artaud, Baudelaire, Gilbert-Lecomte…), et dont le corps ravagé constitue désormais le plus grand poème, à la vie à la mort : noir, sans issue, mais touchant d’une profonde humanité. D’une humanité lasse, à bout, dépourvue d’espoir, salement abîmée. D’une humanité à l’occidentale au XXIe siècle, en somme.

Sans doute certains trouveront-ils ‘Near Death Experience’ mortellement chiant, plombant ou vide. Comme un roman de Houellebecq, ajouteront-ils en ricanant. Il faut avouer que le type est assez clivant. Pourtant, on ne saurait ici que saluer ce projet d’une radicalité rare, mais non dépourvue d’humour, et souvent d’une grande beauté visuelle, à la fois crasseuse et panthéiste – le corps du citadin se trouvant rendu à la nature brute, à sa sécheresse et sa minéralité, sur fond de Schubert et de Black Sabbath. Surtout, le film de Kervern et Delépine, tourné en dix jours avec un budget minimal, constitue un splendide hommage au versant le plus punk de Houellebecq, à sa déglingue de haute volée, révélant chez l’écrivain un potentiel comico-poétique insoupçonné. Comme une déclaration d’amour à un double excessif, à un frère d’armes. D’armes ? Oui car l’ivresse, le cynisme, la négativité, la poésie sont des armes. En ce sens, ‘Near Death Experience’ fait clairement mouche.

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