Parole de kamikaze

Cinéma, Documentaire
3 sur 5 étoiles
Parole de kamikaze

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

En 1944, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Fujio Hayashi, 21 ans, se porte volontaire pour intégrer le commando kamikaze de l’armée impériale japonaise. Le principe, façon ‘Dr. Strangelove’ : se balancer en avion, allégrement bourré d’explosifs, sur des cibles prédéfinies, principalement navales. Soixante-dix ans plus tard, l’ancienne tête brûlée se livre ici devant la caméra de Masa Sawada et Bertrand Bonello. Et autant dire qu’il ne s’en est pas super bien remis.

Mais déjà, l’interview d’un kamikaze, voilà un projet qui paraît pour le moins paradoxal ; sachant que dans « opération-suicide », il y a manifestement comme une certaine idée de sacrifice de soi. Or, la chance – et, d’une certaine manière aussi, le malheur – de Fujio Hayashi, c’est d’avoir été recruté pour former et choisir des aspirants kamikazes. Manageur des suicidés volontaires. DRH de cadavres en file d’attente. Pas évident, comme position. On en conviendra.

Aujourd’hui, Fujio Hayashi est un vieil homme, quotidiennement hanté par la violence de ses souvenirs de jeunesse. Pourtant, jamais il ne semble ici remettre en question l’omnipotence de l’empereur durant cette époque, l’absurdité de la guerre ou de l’armée. Malgré la défaite, malgré l’Allemagne nazie, malgré toutes les morts inutiles qu’il aura vues défiler devant ses yeux. Malgré aussi ces années passées sans dormir, accablé par les spectres de ses camarades sacrifiés.

Non, Fujio Hayashi est resté fidèle à ses idéaux, à son engagement. D’où un portrait déstabilisant, curieusement buté, parcouru de silences, d’impossibilités de dire. Trop tard pour faire marche arrière. Evidemment. Alors ‘Parole de kamikaze’ scrute cette impasse, se borne à gratter les apories du non-sens, de la mort préméditée, de la guerre. Sans réponse. Dur, quoi.

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