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The Duke of Burgundy

  • Cinéma
  • 4 sur 5 étoiles
The Duke of Burgundy
Photograph: Rook Films/Curzon Film World
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Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Après le malin ‘Berberian Sound Studio’ en 2012 (où s’affirmait déjà le goût formaliste de son réalisateur pour une certaine déconstruction suggestive des différents éléments, en l’occurrence sons et images, du médium cinéma), Peter Strickland propose avec ‘The Duke of Burgundy’ – qui tient son nom d’un fort beau papillon qu’on appelle en français la lucine – une forme narrative joueuse, provocatrice et finalement bien plus sensible qu’il n’y paraît.

Apparemment, c’est une boucle que le film décrit. Plusieurs fois. Avec, à chaque répétition, des séquences qui s’ajoutent, d’autres qui se retranchent ; si bien que la perception de ce long-métrage par le spectateur s’affine, se modifie, se remet en cause à chacune de ces itérations. ‘Différence et répétition’, donc : le titre du bouquin de Deleuze pourrait convenir à merveille pour résumer en deux mots l’esthétique ici développée par Strickland.

Or, ce qui est franchement drôle – et assez transgressif en plus, qui donne tout son sel au film – c’est l’histoire que le réalisateur britannique narre à travers cette forme raffinée et sa structure cubiste, moderne : à savoir un pur synopsis de « sexploitation » seventies, suivant la relation de domination-soumission d’un intriguant duo de lesbiennes aux tendances parfois urophiles. Autrement dit, un terrain plutôt glissant pris au premier degré, mais qui, sous la patte de Strickland, prend des airs de Rubik’s Cube intello pouvant rappeler les premiers films d’Alain Resnais (‘Hiroshima, mon amour’, ‘L’Année dernière à Marienbad’ - voire ‘Je t’aime, je t’aime’ pour ses variations sur le cinéma de genre).

L’oxymore ainsi créée, cet apparent grand écart entre le prétexte porno-SM vintage du long-métrage et sa forme ultra chiadée, froide et méditative (qui évoque presque autant certains romans de Georges Bataille que l’anti-linéarité de compositeurs minimalistes comme Terry Riley ou Steve Reich), cet étonnant pari, Peter Strickland parvient à le tenir grâce une mise en abyme quasi permanente. Ainsi, le rituel quotidien, corseté, observé par ses deux héroïnes, l’austère entomologiste Cynthia (Sidse Babett Knudsen) et Evelyn, sa soubrette obéissante-mais-négligente-et-qui-mériterait-bien-une-grosse-punition (Chiara D'Anna), pose lui-même la question de la mise en scène, de la répétition (mais ici au sens où des acteurs ou des musiciens répètent une pièce ou une chanson) et du jeu, aussi bien sexuel que cinématographique ou théâtral.

Et si le désir ne saurait se résumer à une simple animalité du corps, c’est qu’il est bien plutôt le fruit d'une construction mentale, psychique, intime : voilà ce qui, au bout du compte, émane de ‘The Duke of Burgundy’, métafilm ludique et fascinant, bourré de références possibles (dont une citation claire de l’expérimental ‘Mothlight’ de Stan Brakhage), pervers avec humour, distance, et où les apparents rapports de domination se révèlent finalement bien plus complexes et paradoxaux que ce que l’on pouvait croire.

Lire aussi notre entretien avec le réalisateur de 'The Duke of Burgundy', Peter Strickland

Écrit par Alexandre Prouvèze

Détails de la sortie

  • Date de sortie:vendredi 20 février 2015
  • Durée:104 mins

Crédits

  • Réalisateur:Peter Strickland
  • Scénariste:Peter Strickland
  • Acteurs:
    • Sidse Babett Knudsen
    • Chiara D'Anna
    • Monica Swinn
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