Under the Skin

Cinéma, Drame
Recommandé
5 sur 5 étoiles
Under the Skin

Time Out dit

5 sur 5 étoiles

Film de science-fiction de Jonathan Glazer, avec Scarlett Johansson

« Fantastique », le film de Jonathan Glazer l’est dans tous les sens du terme. D’abord parce qu’il mêle les genres avec brio : sous couvert de science-fiction, ‘Under the Skin’ en appelle ainsi tour à tour au road movie, au thriller, au survival, avec de jolis détours par l’érotisme et l’horreur onirique, le tout avec une cohérence, à la fois visuelle et narrative, absolument magistrale. Basé sur le roman homonyme de Michel Faber publié en 2000, le long métrage de Glazer en réduit subtilement le propos à l’essentiel : une mystérieuse femme – mais est-elle seulement humaine ? – séduit des hommes à travers l’Ecosse, pour les faire disparaître un à un. Or, sur ce pitch aussi intriguant que décharné, servi par une musique dissonante, vénéneuse, signée Mica Levi et des séquences surréelles et hypnotiques, Jonathan Glazer offre à Scarlett Johansson l’un des plus beaux rôles de sa carrière – et très certainement son meilleur depuis ‘Match Point’ de Woody Allen, en 2005.

Et c’est là le deuxième génial aspect d’‘Under the Skin’ : outre son envoûtante beauté plastique, le film joue sur de multiples tableaux et grilles de lectures. Fable sur le désir et ses paradoxes, sur les liens entre l’érotisme et le goût du risque, de l’inattendu, il constitue en outre une ode à « Scarjo », omniprésente et méconnaissable, une réflexion sur son statut de célébrité, mais aussi et surtout sur le cinéma lui-même comme mécanique illusoire et dévorante. Offrant à Johansson un fascinant personnage de « veuve noire » (rappelant subtilement celui qu’elle incarne de façon régulière dans les films Marvel et les franchises ‘Avengers’, ‘Captain America’ ou ‘Iron Man’), Jonathan Glazer construit brillamment son film autour de l’actrice, comme Bruno Dumont a pu le faire avec Juliette Binoche dans ‘Camille Claudel 1915’ : à savoir, en plongeant sa superstar dans un environnement réel, brut, documentaire. Mais là où Dumont plaçait Binoche au milieu d’authentiques aliénés, Glazer fait sillonner l’Ecosse à son actrice, qu’il suit en caméra cachée alors que celle-ci tente de séduire les hommes qu’elle croise au hasard, dans les rues, en boîte de nuit ou au volant d’une fourgonnette. De la science-fiction tournée comme le serait un authentique documentaire : voilà qui a de quoi surprendre le plus blasé des spectateurs.

Résumons donc. Une atmosphère puissante, trouble, inédite. Un dispositif inventif et minimal, d’une cohérence redoutable – les nombreuses scènes de fourgonnette pouvant faire penser, par leur astuce, au remarquable ‘Ten’ d’Abbas Kiarostami. Une actrice audacieuse, qu’on a (presque) l’impression de découvrir pour la première fois. A tout cela, il faut ajouter la démarche spécifique de Jonathan Glazer. Ancien réalisateur de pubs (pour Levi’s ou Nike) et de clips poétiques et malins (pour "Street Spirit" et "Karma Police" de Radiohead, "The Universal" de Blur et ses références à Kubrick…), Glazer s’est fait connaître avec l’élégante comédie ‘Sexy Beast’, avant d’adapter un scénario de Jean-Claude Carrière originellement destiné à Buñuel (‘Birth’). Ici, c’est vers les premiers films de David Lynch (‘Eraserhead’ et, surtout, ‘Elephant Man’) que le réalisateur pourrait lorgner, tout en y imprimant avec force sa singularité. Acérée, froide, sans fioritures. D’autant plus puissante qu’elle se joue sans outrance. En somme, l’un des films les plus originaux et enthousiasmants de l’année.

>>> Lire aussi : interview de Jonathan Glazer autour d''Under the Skin'

Retrouvez ce film parmi notre collection des meilleurs films de science-fiction de tous les temps.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Noté
15
Date de sortie
vendredi 14 mars 2014
Durée
108 mins

Crédits

Réalisateur
Jonathan Glazer
Scénariste
Jonathan Glazer
Acteurs
Scarlett Johansson
Paul Brannigan
Robert Chartoff