Une nouvelle amie

Cinéma, Drame
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4 sur 5 étoiles
Une nouvelle amie

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

François Ozon en semble convaincu : « On ne naît pas femme, on le devient. » Avec ce dernier film audacieux et réussi, le réalisateur fait l’éloge de la féminité dans ce qu’elle a de plus insaisissable. Les acteurs sont d’une crédibilité désarmante, tant David (Romain Duris), à travers son travestissement en femme, que Claire (Anaïs Demoustier) qui se féminise à mesure que leurs liens se tissent. 

David aime tant les femmes qu’il finit par réveiller celle qui sommeille en lui ; elle l’aide à combler l’insoutenable absence causée par la mort de son épouse, mais elle lui révèle surtout la vérité de sa propre nature. Plus tard, c’est cette féminité masculine qui dévoilera celle de Claire, la meilleure amie de la défunte, grisée et embellie par cette relation intense et ses ambiguïtés. 

Bien que les dix premières minutes du film ne soient pas franchement convaincantes, on ne tarde pas à être emporté par le flot de questions que soulève ‘Une nouvelle amie’. Du deuil au désir par la féminité, Ozon nous mène avec légèreté au cœur d’un sujet complexe et troublant. Cette nouvelle amie nous invite à méditer sur l’acceptation de l’altérité, la culture de la différence et l’aspiration à ressembler à ce qu’on désire en l’autre. 

Merveilleusement incarné par un Romain Duris à la fois drôle et sensible, le rôle de David met en lumière la dualité sexuelle inhérente à chaque être humain. Il n’est ni né dans un chou, ni dans une fleur : il est né dans un chou-fleur. De cette petite réplique candide émerge l’opinion bien tranchée du réalisateur quant à la théorie des genres. 

Tout particulièrement réussies, les scènes de maquillage en gros plans s’accorderaient fort bien à la prose de Baudelaire dans son éloge de la parure et de l’artifice : « le maquillage n’a pas à se cacher, à éviter de se laisser deviner ; il peut, au contraire, s’étaler sinon avec affectation, au moins avec une espèce de candeur » ("Eloge du maquillage" dans 'Le Peintre de la vie moderne'). On retrouve sans peine la patte esthétique du réalisateur, avec quelques touches almodovariennes et toujours de bien jolies perspectives. 

Ainsi François Ozon consolide-t-il la fragile beauté féminine et ses mystères, à travers une histoire d’amour singulière parfaitement orchestrée. On résiste difficilement au souffle d’étrangeté sensible et envoûtant de son film, dont on sort troublé et fort ému.

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