Valley of Love

Cinéma, Drame
4 sur 5 étoiles
Valley of Love

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Isabelle et Gérard paumés en plein désert de la Vallée de la Mort, dans l’attente d’une improbable épiphanie de leur fils décédé : le pitch de ‘Valley of Love’ tient sur une feuille à rouler. Courte, de surcroît. Sauf que, jouant sur les figures et le passé cinématographique de ces deux monstres du cinéma, Guillaume Nicloux prolonge le travail, à mi-chemin entre fiction et documentaire, qu’il avait entrepris avec le réjouissant ‘Enlèvement de Michel Houellebecq

Alors, bien sûr, ceux qui n’apprécient ni Huppert ni Depardieu – mais comment donc ?! – risquent sans doute de s’ennuyer. Encore que l’ennui ne soit pas sans valeur artistique, n’est-ce pas ? Seulement, depuis leurs premières collaborations chez Bertrand Blier (‘Les Valseuses’) ou, surtout, chez Maurice Pialat (‘Loulou’), les deux acteurs en sont venus à tant représenter le cinéma français que le projet de Nicloux – coproduit par Sylvie Pialat, d’ailleurs – ne saurait que titiller la curiosité des cinéphiles.

Or, il faut d’emblée dire que ce projet à la fois ambitieux et décharné, plein de promesses et ultra casse-gueule, réussit à tenir la route. Pour une simple question de perceptions, en fait. La chaleur écrasante, les corps fatigués, l’espace immense. Voilà. Et puis Depardieu. Gérard. Gégé. Mastodonte à la démesure héroïco-suicidaire, dernier des Mohicans qu’on croyait perdu à jamais pour le cinéma entre sa paranoïa fiscale, ses sympathies poutiniennes, quelques navets alimentaires (de ‘Turf’ à ‘Welcome to New York’) et sa célèbre passion vigneronne – seul point sur lequel on pouvait encore le rejoindre.

Bref, on se disait que ‘Mammuth’ (2010) de Delépine et Kervern risquait donc de demeurer l’ultime acte de bravoure de Depardieu avant son étrange sabordage médiatique, oscillant entre pur moment de rock ’n’ roll et bruyant « partage » en couille. Mais en fait, non. Avec ‘Valley of Love’, Depardieu brille par sa retenue, son interprétation tout en intériorité. Sans exubérance, ni cabotinage. Au contraire. Si bien qu’on croit le redécouvrir. Le corps épaissi, le timbre abaissé, rauque, crépusculaire parfois, mais d’une justesse à nouveau impressionnante.

Et en face, Huppert toujours égale à elle-même. Fracas émouvant et bipolaire d’assurance angoissée et de nervosité fluide. Qui semble ici se mettre au service de son partenaire, le porter sur ses épaules (métaphoriquement, hein !). Parfois déchirants, parfois à côté de la plaque, à la fois acteurs de leurs propres rôles et personnages de leurs mythologies respectives, Isabelle Huppert et Gérard Depardieu invoquent à eux deux le cinéma français des quarante dernières années, plongé dans une dérive contemplative façon Antonioni. Touchant par ses imperfections mêmes, ‘Valley of Love’ ne tient véritablement qu’à un fil. Celui qui relie un acteur à son histoire ; histoire qui est à la fois celle du film et la sienne propre. Et si l’on ne sait encore si le film de Guillaume Nicloux constitue le testament de Depardieu ou son acte de renaissance, on ne peut que s’incliner devant la présence de ce monstre de délicatesse, caché dans une carapace ogresque.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Noté
15
Date de sortie
lundi 8 août 2016
Durée
91 mins

Crédits

Réalisateur
Guillaume Nicloux
Scénariste
Guillaume Nicloux
Acteurs
Gérard Depardieu
Isabelle Huppert
Dan Warner
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