Fidelio, l’odyssée d’Alice

Cinéma, Drame
Recommandé
4 sur 5 étoiles
Fidelio, l’odyssée d’Alice

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Embarquer une femme dans un film nautique n’a rien d’anodin. Les vieilles légendes marines, par une superstition que l’on sait forte chez les hommes allant en mer, les ont toujours bannies des navires ; ce que le cinéma, malgré toute la facilité que celui-ci a à recréer le réel, n’a jamais tout à fait su corriger. Des récents et splendides 'Hijacking' ou 'Kon-Tiki' au plus ancien ‘Les Sacrifiés’ de John Ford, rares sont les occasions de voir voguer une quelconque actrice sur les pellicules de 8, 16 ou 35 mm. C’est d’ailleurs sous forme de documentaire qu’est né dans l’esprit de Lucie Borleteau le film ‘Fidelio, l’odyssée d’Alice’, qu’elle écrira finalement sur un bateau-container dont elle était la seule passagère et, par-dessus tout, la seule femme à bord.

De l’histoire initiale, inspirée par une amie elle-même enrôlée dans la marine marchande, la jeune réalisatrice finira par développer un triangle amoureux au centre du film, porté par un impressionnant trio d’acteurs, composé d’Ariane Labed (nouvelle coqueluche du cinéma européen et prix de l'interpétation féminine), de Melvil Poupaud et d’Anders Danielsen Lie, révélation du splendide ‘Oslo 31 Août’, dont la prestation en tant que jeune dessinateur rêveur ne laisse planer aucun doute quant à son talent. Époustouflant, le jeune acteur-musicien confirme tout le bien que l’on pouvait déjà penser de lui aux côtés d’une des actrice les plus en vue du festival de Locarno - et que le public français ne devrait pas tarder à mieux connaître.

Mais plus encore que par ses acteurs, cette odyssée d’Alice brille par son décor nautique : le Fidelio, vieil ensemble de moteurs fatigués, de câbles rafistolés, qui semble, comme le répètent les membres de l’équipage, posséder une âme. Quand le cinéma se jette à l’eau, l’horizon azur de l’océan seul ne suffit pas à créer le beau, et les pièces du puzzle amoureux représentant les trois protagonistes ne saurait s’emboiter aussi bien en l’absence du navire, dont les états d'âmes mécaniques suivront ceux, sentimentaux, d’Ariane Labed. N’en déplaise à Baudelaire, celui-ci finira par révéler les « richesses intimes » louées par l’’Homme et la mer’ : à nous donc de corriger ce bon vieux Charles en s’exclamant « Femme libre, toi aussi, toujours tu chériras la mer ».

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