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Aitor Alfonso

Aitor Alfonso

Articles (3)

Frites et légendes

Frites et légendes

Elle est l’idole de nos fringales et l’aliment le plus consommé au monde : j’ai nommé sa majesté la Frite ! Le bâtonnet de pomme de terre doré, à l’histoire voyageuse, est une denrée-étendard qui fait l’objet d’une querelle de pa(ta)ternité - un rien surjouée - entre voisins Belges et Français. Des papas incas à la boutonnière de Marie-Antoinette jusqu’au décollage d’un cornet dans l’espace, on vous embarque dans notre friteuse à voyager dans le temps. Attention, il fait 175 degrés à bord. Patati sur la patata Au début était la papa (le nom de la pomme de terre en quechua, la langue des Incas) dont l’une des premières mentions dans les textes européens est le fait d’un chroniqueur espagnol aux Amériques en 1536. Premier papaddicte étranger, il s’émerveille de la variété de cet aliment de base des peuples andins qu’il décrit comme « des racines au goût délicieux qui sont des friandises pour les Espagnols »… Car le tubercule de la famille des solanacées, ultra-résistant à l’altitude, a son berceau sur les hauteurs de l’actuel Pérou (aka le Patatistan), pays qui en compte encore plus de 4000 variétés ! Mangées plutôt cuites que frites traditionnellement, l’arrivée des conquistadors fait se rencontrer la cuisson à l’huile chaude, cette autre religion espagnole, et la perle nourricière des Andes : la pomme de terre frite est une manifestation du syncrétisme entre le Nouveau et l’Ancien Monde. Résultat ? Une révolution alimentaire globalisée se met alors en marche qui va répandre l

Manger à… Paris sous le Siège et la Commune (1870-71)

Manger à… Paris sous le Siège et la Commune (1870-71)

Paris, septembre 1870. Napoléon III est défait par les Prussiens qui se ruent sur la capitale et l’assiègent. Paris la résistante, la républicaine enclavée dans un pays monarchiste, est coupée du monde. Commencent alors de longs mois d’un blocus qui va affamer les quelques 2 millions de Parisiens de l’époque. La dalle ayant de l’imagination, c’est un curieux bestiaire qui défile dans leurs marmites : rats, chiens, pigeons, chats et même kangourous ou éléphants… Le ventre (vide) de Paris.  Très vite, les trains de ravitaillement sont coupés par les Prussiens ; en réaction, se met en place une organisation autogestionnaire pour alimenter Paris. Les stocks de blé permettent d’assurer un rationnement à peu près normal les premiers mois, des moulins de fortune sont même érigés pour moudre tout ce grain mais c’est la viande qui vient à manquer. Dînette rime alors avec disette, or les Parisiens très portés sur le bifteck, le lard et les abats voient d’un mauvais œil qu’on les rationne à 60 gr de barbaque par jour et par tête de pipe… et même à 30 gr (os compris) à la fin du siège.  Pourtant la ville est une immense basse-cour au début de l’automne 1870 : 120 000 moutons, 50 000 bovins, 6 000 porcs ont été entassés au parc du Luxembourg ou sur les Grands Boulevards. Le problème, c’est qu’on manque de fourrage pour les nourrir, que les bêtes deviennent rachitiques et qu’elles tombent malades : il faut donc les abattre au plus vite et les conserver en salaison. Pour stocker toutes ces

Manger à… Woodstock en 1969

Manger à… Woodstock en 1969

Vous vous souvenez, avant, quand on avait le droit d’aller en festival et qu’il fallait faire la queue pendant des plombes pour acheter à manger ? Alors imaginez ce que ça a pu être à Woodstock en 1969 ! 400 000 bouches à nourrir, c’est du lourd, surtout quand les participants estimés au départ ne devaient pas dépasser les 50 000 personnes… On vous dresse un menu complet de ce qu’on pouvait (difficilement) se mettre sous la dent pendant les trois jours de festoche. Même les hippies ne vivaient pas que d’amour, de LSD et d’eau fraîche… Hotdogs à 1 dollar  Il faut dire que ce genre de méga festival en plein air — avec toutes ses contraintes — était inédit à l’époque. Niveau bouffe, on était loin de la We Love Green et de sa quarantaine de stands qui révolutionne la question de l’alimentation en festival : à Woostock en 69, c’était plus raide pour grailler. C’est ce que remémore Michael Lang dans son bouquin The Road to Woodstock. Celui qui fut l’un des organisateurs de l’événement révèle que la question de la restauration des festivaliers est devenue un problème le jour où les grandes centrales d’alimentation, qui géraient la bouffe de stades entiers aux US, leur ont fait faux bond : ce projet leur paraissait trop gros, trop chaotique, trop risqué. Un temps, c’est le légendaire vendeur de hotdogs de Coney Island, Nathan’s, qui avait été pressenti pour alimenter les hippies en fringale... Mais des désaccords avec la direction firent capoter le deal ! En cause ? Le changement de