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Les 20 meilleures séries à mater sur Netflix
Envie de binge-watcher ce qui se fait de mieux sur petit Ă©cran ? AprĂšs vous avoir rĂ©galĂ©s en films en tout genre, votre magazine prĂ©fĂ©rĂ© vous balance la crĂšme de la crĂšme des sĂ©ries sur le mastodonte des sites de streaming : Netflix. Le temps d'un giga-dossier, on vous a sĂ©lectionnĂ© ce qui se fait de mieux sur la plateforme amĂ©ricaine : des crĂ©ations originales, des mini-sĂ©ries, des anthologies et des animĂ©s. Le tout avec une volontĂ© : montrer la diversitĂ© des points de vue et des expĂ©riences. Pour cela, on a demandĂ© Ă notre journaliste Olivier Joyard (critique, documentariste et scĂ©nariste) ses 20 programmes incontournables sur Netflix. Et nâoubliez pas de faire des pauses entre les saisons !
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Les 70 meilleurs films Ă mater sur Netflix
Paul Thomas Anderson, Quentin Tarantino, Alejandro GonzĂĄlez Iñårritu, Christopher Nolan, les frĂšres Safdie⊠Mais aussi, cĂŽtĂ© franchouillard, Abdellatif Kechiche, Mia Hansen-LĂžve, Arnaud Desplechin⊠Depuis quelques annĂ©es, on ne compte plus les grands noms du cinĂ©ma dâauteur qui viennent peu Ă peu agrĂ©menter le catalogue du mastodonte du streaming : Netflix. Alors, pour sây retrouver dans une offre assez inĂ©gale, entre pur chef-dâĆuvre scorsesien et comĂ©die douteuse, votre magazine prĂ©fĂ©rĂ© a dĂ©cidĂ© de sĂ©lectionner, avec beaucoup de subjectivitĂ© (forcĂ©ment), la crĂšme de la crĂšme des films sur Netflix.
Vous y trouverez tant des crĂ©ations originales (Roma, Marriage Story, The Irishman...) que les nouvelles acquisitions du mastodonte amĂ©ricain. Dâautant plus que le dossier est amenĂ© Ă Ă©voluer : en quelques mois, Netflix a acquis les droits de diffusion du mythique Studio Ghibli (21 films au total) avant de signer un partenariat avec MK2, lui permettant de diffuser 12 films de Truffaut (qui fait Ă lui seul lâobjet dâun dossier), mais aussi le maĂźtre du rĂȘve au cinĂ©ma, David Lynch (mais pas ses meilleurs).
Au final, pas évident de choisir parmi plus de 4000 programmes... Surtout qu'il a fallu varier les genres et les gens (ba oui, on n'allait pas mettre tous les films de Scorsese en haut de la liste). Bref, sans plus attendre, voici les 70 films à mater en priorité sur Netflix selon nous. On parie que vous ne les avez pas tous vus !

Les 50 meilleures séries de tous les temps
RĂ©sumer lâamour des sĂ©ries en 50 titres emblĂ©matiques ? Lâexercice est Ă la fois excitant et complexe. Le genre a explosĂ© depuis une vingtaine dâannĂ©es mais traverse la culture pop depuis 75 ans. En Ă©tablissant ce classement, une Ă©vidence nous a sautĂ© aux yeux : les sĂ©ries couvrent depuis toujours une diversitĂ© de points de vue et dâexpĂ©riences fascinante. Dâabord conçues exclusivement pour le grand public, elles se sont enrichies ces derniĂšres dĂ©cennies dâapproches parfois radicales venues de toute la planĂšte et de chefs-dâĆuvre aussi importants que les grands totems de la littĂ©rature ou du cinĂ©ma. Si elles prennent le pouls du monde avec une pertinence imparable, certaines sont encore mĂ©connues. Nous espĂ©rons avec ce dossier susciter dĂ©couvertes et curiositĂ©.

Joaquin Phoenix, joker sans fard
On craignait une star caractĂ©rielle, quittant lâinterview Ă la moindre question bĂȘte. Pourtant, câest un Joaquin Phoenix cool et sincĂšre qui a Ă©voquĂ© son rĂŽle marquant dans la peau de lâĂ©ternel rival de Batman. Film de lâautomne, le fascinant Joker raconte les blessures originelles et la mĂ©tamorphose en psychopathe de ce personnage brutal, qui va comme un gant Ă cet habituĂ© des hĂ©ros dĂ©glinguĂ©s.
Un personnage comme le Joker, faut-il lâaimer pour le jouer ?
HonnĂȘtement, cela a Ă©tĂ© un dĂ©fi. Parfois, en lisant le scĂ©nario, je ressentais de la sympathie pour lui, Ă dâautres moments, jâĂ©tais Ă©cĆurĂ© par son comportement. Aucun putain de sens. Il Ă©tait pathĂ©tique, chouineur. Ce que jâai identifiĂ©, ce sont les traces de stress post-traumatique en lui. AttaquĂ© par des gamins au dĂ©but du film, il se met en mode statue, incapable de rĂ©pondre. Ce mec a subi des abus physiques durant son enfance. Câest difficile de ne pas avoir de lâempathie pour un homme qui a vĂ©cu ça. Ces choses-lĂ vous changent le cerveau, concrĂštement. Cela a vraiment transformĂ© mon point de vue. Au dĂ©part, jâavais envie de lâenvoyer se faire foutre.
Vous ĂȘtes-vous renseignĂ© sur les troubles mentaux en prĂ©parant le rĂŽle ?
Jâai regardĂ© des vidĂ©os et jâai lu deux livres spĂ©cifiques. Je ne vais pas vous dire lesquels, pour ne pas mettre en avant les criminels dont ils parlent. LâhypothĂšse qui en ressort, câest que les assassins Ă motivation politique et les tueurs de masse possĂšdent des personnalitĂ©s proches. On apprend

Time Out rencontre Xavier Dolan
Cette annĂ©e, Xavier Dolan fĂȘte ses trente ans de prĂ©sence sur Terre et dĂ©jĂ ses dix ans de cinĂ©ma. Une boucle commencĂ©e en 2009 avec la solitude de Jâai tuĂ© ma mĂšre et qui sâachĂšve dans le tremblement collectif de Matthias et Maxime, son nouveau film, plongĂ©e Ă©mouvante dans la vie dâun groupe de potes doublĂ©e dâune comĂ©die romantique nouveau genre. Une Ćuvre de transition, comme dit Dolan, et qui lui va bien au teint. Ce quâon lui a immĂ©diatement fait remarquer quand il sâest assis face Ă nous.
Vous avez lâair heureux.
Je le suis !
Matthias et Maxime est un film Ă©nergique, libre, loin dâHollywood. DĂ©livré ?
Jâai longtemps cherchĂ© lâapprobation, la validation des autres, mais jâai compris que je ne pouvais plus espĂ©rer ĂȘtre aimĂ© par tout le monde. Faire ce film, ainsi que les deux autres avant â Juste la fin du monde, Ma Vie avec John F. Donovan â, mâa affranchi de ce besoin dâacceptation. Jâai trouvĂ© auprĂšs de mes amis la seule validation dont jâai besoin aujourdâhui. Ce long-mĂ©trage est dâailleurs parti du dĂ©sir de raconter ma transformation au contact de nouvelles amitiĂ©s. Ma rencontre il y a quelques annĂ©es avec celles et ceux qui jouent dans Matthias et Maxime a Ă©tĂ© salvatrice.
                « Dans ma vie, jâai passĂ© beaucoup de temps seul »
Avant, vous nâaviez pas dâamis ?
Jâavais de trĂšs bons amis, mais je ne connaissais pas le sentiment de communautĂ©. Je ne lâai connu quâaprĂšs mes 25 ans. A lâadolescence, on se forge des amitiĂ©s. Ensuite, comme vous

Joaquin Phoenix: "En algunos momentos Joker me generaba empatĂa y en otros repulsiĂłn"
La pelĂcula mĂĄs esperada del otoño, 'Joker', de Todd Phillips, explica cĂłmo un pobre cĂłmico fracasado se transforma en el psicĂłpata de Gotham que todos conocemos y tememos. Descubrimos a un Joaquin Phoenix agitado y terrorĂfico que ya se ha colocado en todas las quinielas de los Ăscars. Nosotros hablamos.
ÂżTe tiene que gustar un personaje como Joker para interpretarlo?Sinceramente, fue un reto. En algunos momentos, mientras leĂa el guion, me despertaba empatĂa. En otros, repulsiĂłn. No tenĂa ningĂșn sentido. Era patĂ©tico, estridente. AhĂ vi rastros de un desorden de estrĂ©s postraumĂĄtico. Cuando lo atacan los niños, al principio de la pelĂcula, se queda congelado como una estatua, es incapaz de responder. Cuando era pequeño abusaron fĂsicamente de Ă©l. Es difĂcil no sentir algĂșn tipo de compasiĂłn por alguien que ha pasado este trance. Algo asĂ te gira el cerebro, la manera de pensar. Esto hizo que cambiara mi modo de ver al personaje. Al principio, solo querĂa que se fuera a la mierda.
ÂżCĂłmo te preparaste para el papel? ÂżEstudiaste trastornos mentales?Vi algunos vĂdeos y leĂ dos libros en particular. No te dirĂ© cuĂĄles, porque no quiero que los criminales de los que hablan reciban mĂĄs atenciĂłn de la que merecen. La idea general era que los asesinos masivos tienen personalidades similares. Antes de 1963, aparentemente, habĂa dos categorĂas identificadas: los extremistas polĂticos y los locos. DespuĂ©s los medios abrieron el espectro a muchas otras modalidades. Esto me parecĂa intere

Time Out meets Joker's Joaquin Phoenix
The most anticipated film of the fall, Joker examines how a failed stand-up comedian and troubled loner morphs into the Gotham psychopath we all know and dread. The movieâs star, Joaquin Phoenix, unleashes a jittery, terrifying turn thatâs already gathering Oscar buzz. The actor himself has a rep for being an occasionally tense sit-downââMost of the time, I just try to get to the end of interviews,â he tells us, unpromisinglyâbut we caught him on a good day: direct, laid-back and eager to chat about his turn as the DC supervillain.Â
Do you need to like a character in order to play him?Frankly, this was a challenge. Sometimes, while reading the script, I felt sympathetic. Other times, I was repulsed. It made no fucking sense. He was pathetic, whiny. I saw traces of post-traumatic stress disorder in him. When Arthur is attacked by kids at the start of the movie, he freezes up like a statue, unable to respond. This guy was physically abused when he was a child. Itâs difficult not to feel some empathy for someone whoâs been through that. That sort of thing changes your brain, the way you think. But at the start, I wanted him to go fuck himself.
Did you study mental health problems in any way? I watched some videos and read two books in particular. Iâm not going to tell you which ones, as I donât want to give the criminals theyâre about more attention than they deserve. The general idea was that political assassins and mass murderers have similar personalities. On the one hand, Ar

Joaquin Phoenix: âI wanted the Joker to go f**k himselfâ
The most anticipated film of the autumn, âJokerâ examines how failed stand-up Arthur Fleck morphed into the Gotham psychopath we all know and dread. Its star Joaquin Phoenix is the filmâs beating heart in a jittery, terrifying turn thatâs already gathering Oscar buzz. The man himself has a rep for being an occasionally scratchy interviewee â âMost of the time I just try to get to the end of interviewsâ, he tells me, unpromisingly â but the Phoenix I encounter is direct but laid-back, and eager to chat about his turn as the DC supervillain.Â
Do you have to like a character like the Joker to play him?âFrankly, it was a challenge. Sometimes, while reading the script, I felt sympathetic, other times I was repulsed. Made no fucking sense. He was pathetic, whiny. I saw traces of post-traumatic stress disorder in him. When heâs attacked by kids at the start of the movie, he freezes up like a statue, unable to respond. This guy was physically abused when he was a child. Itâs difficult not to feel some empathy for someone whoâs been through that. That sort of thing changes your brain, the way you think. And it made me change how I see his character. At the start, I wanted him to go fuck himself.âÂ
How did you prepare for the role? Did you study mental health problems in any way? âI watched some videos and read two books in particular. Iâm not going to tell you which, as I donât want to give the criminals theyâre about more attention than they deserve. The general idea was that politic
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Roma
Avec Gravity, le cinĂ©aste mexicain Alfonso Cuaron (connu Ă©galement pour le road trip Ă©rotique Y Tu MamĂĄ TambiĂ©n, le thriller dystopique Les Fils de lâhomme et Le Prisonnier dâAzkaban, aka le meilleur Harry Potter) transformait un thriller de science-fiction Ă grand spectacle en Ă©tude intime de personnage dans lâimmensitĂ© de lâespace. Roma, sa merveille trĂšs personnelle en noir et blanc, passe Ă lâinverse du micro au macro : tout commence par les dĂ©tails dâune vie, enchaĂźnant progressivement sur la rĂ©alitĂ© sociale et politique de Mexico dans les annĂ©es 70, dans le quartier mĂȘme oĂč le rĂ©alisateur a grandi. Construit par Cuaron comme une Ă©lĂ©gie sobre et sensible de son enfance auprĂšs de ClĂ©o, la domestique qui lâa Ă©levĂ©, Roma rejoint dâautres grands portraits de femme au cinĂ©ma comme Jeanne Dielman de Chantal Akerman, en nous plaçant au cĆur dâune expĂ©rience physique. En bref : un chef-dâĆuvre immersif, du cinĂ©ma pur. Et profondĂ©ment humain.

The Lost City of Z
Lâexplorateur britannique Percy Fawcett sâest perdu dans la jungle amazonienne en 1925. Son histoire fascinante convoque tous les marqueurs du film dâaventures : trahisons, cannibalisme, tĂȘtes rĂ©duites et piranhas flippants. Dans les mains de lâĂ©ternel outsider hollywoodien James Gray (The Yards, Ad Astra), la quĂȘte de cet antihĂ©ros incarnĂ© par Charlie Hunnam est dâabord lâoccasion de filmer une errance obsessionnelle et contemplative, en murmurant Ă lâoreille dâun certain cinĂ©ma des annĂ©es 70 â Coppola, Werner Herzog. De Londres aux rives de lâAmĂ©rique du Sud, le film interroge nos ambitions intimes et leurs limites parfois mortelles. La grandeur de The Lost City of Z rĂ©side Ă la fois dans son ambition et sa modestie, la maniĂšre dont James Gray croit Ă la force Ă©pique du cinĂ©ma classique. Un bain de jouvence pour les yeux.
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Moonlight
Le premier miracle de Moonlight â et ce film crĂšve-cĆur en regorge â a lieu Ă table. Le jeune Chiron, 10 ans, a Ă©tĂ© harcelĂ© dans la rue. Les deux adultes prĂ©sents Ă ce dĂźner ne sont pas ses parents, mais ils trouvent les mots justes pour rĂ©pondre Ă sa question : « Est-ce que je suis une tapette ? » Barry Jenkins explore des aspects peu vus de lâexpĂ©rience afro-amĂ©ricaine avec une voix poĂ©tique et montre des aspects de Miami que lâon ne connaĂźt pas au cinĂ©ma. Mais ce qui ressort en premier dans le film tient Ă sa maniĂšre radicale de scruter des turbulences sexuelles Ă©loignĂ©es des stĂ©rĂ©otypes. Dans le cadre des rĂ©cits gays, nous sommes loin de Brokeback Mountain, pour nous rapprocher de lâatmosphĂšre anxieuse et planante du gĂ©nie hip-hop Frank Ocean. Dans le film, Chiron grandit, devenant un adolescent hantĂ© par ses dĂ©sirs, puis un adulte tĂ©nĂ©breux dans la partie finale, peut-ĂȘtre la plus belle, lorsquâil retrouve la compagnie dâun vieil ami. Le genre de film qui nous rappelle pourquoi on aime le cinĂ©ma.

The Irishman
Y a pas Ă dire : le dernier film en date de Martin Scorsese est souvent Ă©lectrisant, mĂȘme quand la camĂ©ra dĂ©cide dâexplorer les maisons de retraite pour gangsters â lĂ oĂč les moins chanceux finissent, apparemment. DĂ©pliĂ© sur plusieurs dĂ©cennies alors que les acteurs sont rajeunis Ă coups dâeffets numĂ©riques (le « de-aging », plutĂŽt une rĂ©ussite), le pharaonique The Irishman porte sur la fascination du rĂ©alisateur pour les derniers instants de lumiĂšre et sur la destination finale de quelques vies au moment oĂč les mafieux ressentent (parfois si peu) le poids de la culpabilité⊠Le tout en dĂ©sacralisant avec brio la pĂšgre. De Niro se glisse dans la peau de Frank Sheeran, un conducteur de camion devenu tueur Ă gages pour la mafia qui revient sur sa vie, tandis quâAl Pacino joue le puissant syndicaliste Jimmy Hoffa. On croise Ă©galement Joe Pesci pour complĂ©ter la dynastie⊠Les insultes fusent, la violence et la mĂ©lancolie ne sont jamais loin dans cette longue saga tardive dâun cinĂ©aste mythique qui regarde la mort en face. Et les ravages du temps.

Marriage Story
Noah Baumbach commence son film de rupture sur une note de douceur, quand Nicole (Scarlett Johansson) et Charlie (Adam Driver) se remĂ©morent leurs jours heureux. Mais trĂšs vite, le ton change et le rĂ©alisateur de Frances Ha plonge dans lâanatomie dâun couple Ă la maniĂšre de Bergman â ScĂšnes de la vie conjugale est lâun des modĂšles du film. Johansson, en comĂ©dienne insatisfaite, a rarement montrĂ© autant de douleur et de talent que dans ce film, tandis que Driver, qui joue un metteur en scĂšne brooklynien imbu de lui-mĂȘme, nâa jamais Ă©tĂ© aussi⊠vicieux. Entre New York et Los Angeles, leur clash amer se dĂ©ploie dĂšs lors sans limites, comme une guerre de tranchĂ©es verbale animĂ©e par leurs avocats â jouĂ©s par les gĂ©niaux Alan Alda et Laura Dern. En grattant sous la surface des sentiments, Baumbach teinte dâuniversalitĂ© cette comĂ©die de caractĂšres trĂšs marquĂ©e socialement. Un film pour tenir compagnie Ă toutes celles et ceux qui se sont sentis trahis par leurs propres espoirs.

Uncut Gems
Joshua et Benny Safdie ont renouvelĂ© le cinĂ©ma indĂ©pendant new-yorkais depuis une dĂ©cennie avec des films la plupart du temps tournĂ©s Ă lâarrache avec peu de moyens. AprĂšs avoir donnĂ© Ă Robert Pattinson un rĂŽle mĂ©morable dans Good Time, les trentenaires chics sâamourachent ici dâAdam Sandler, en le suivant frĂ©nĂ©tiquement et Ă la trace tout au long du film. Son personnage dĂ©rangĂ© de vendeur de diamants passant une sale semaine (nous sommes en 2012) parvient Ă Ă©mouvoir au milieu de chaos qui rythme son quotidien. Et rayon chaos, les frĂšres Safdie sây connaissent et sây sentent bien, saturant leur film de nĂ©ons et de bruits Ă©clatants, captant lâĂ©nergie dâune ville et le dĂ©sespoir dâune vie qui dĂ©rape. On peut trouver lâensemble un peu chargĂ©, mais le travail du chef opĂ©rateur Darius Khondji (Seven, notamment) force le respect, tout comme la sincĂ©ritĂ© folle dĂ©ployĂ©e pour sublimer les artifices du cinĂ©ma. DerriĂšre ce portrait dâun type au bout du rouleau aux choix discutables, Josh et Benny Safdie nous parlent aussi dâeux-mĂȘmes et de leurs failles avec un certain courage. Bravo !

Kiki, la petite sorciĂšre
Quand la sĂ©rie de livres Harry Potter est sortie, un sentiment immĂ©diat de familiaritĂ© sâest emparĂ© du public, J. K. Rowling sâinspirant de sources reconnaissables comme les romans dâAnthony Buckeridge. La romanciĂšre nâest pas la premiĂšre Ă sâĂȘtre inspirĂ©e du passĂ© pour recrĂ©er, comme le prouve Kiki la petite sorciĂšre, adaptĂ© par Hayao Miyazaki de lâĆuvre pour enfants dâEiko Kadono. Lâhistoire dâune sorciĂšre ado, de son chat toujours de mauvaise humeur et dâune petite ville endormie au bord de la mer oĂč la jeune femme lance un service de livraison par les airs. Au fond, la vraie histoire se situe ailleurs. Elle est presque impossible Ă dĂ©crire, cachĂ©e dans les interstices des scĂšnes et dans les regards. Câest le gĂ©nie de Miyazaki : dans les mains dâun grand rĂ©alisateur, ce rĂ©cit dâapprentissage tranquille devient tout autre chose que ce quâon pourrait en attendre, tel un conte Ă la fois Ă©trange, beau et bouleversant.

Porco Rosso
Le plus impressionnant avec le scĂ©nariste-rĂ©alisateur-producteur et patron du Studio Ghibli nâest pas seulement son imagination (pourtant trĂšs vaste), ni sa compassion (qui nâa pas de fin), mais son extraordinaire confiance en la fiction. Il faut ĂȘtre un homme remarquable pour avoir lâidĂ©e dâun film situĂ© en Italie juste avant la Seconde Guerre mondiale, oĂč le hĂ©ros nâest autre quâun cochon magique conduisant des avions. AprĂšs trois ans de travail est nĂ© lâun des grands accomplissements du maĂźtre Miyazaki, bourrĂ© de charme, dâempathie, dâironie historique et dâhumour Ă froid. Porco Rosso est aussi â et câest peut-ĂȘtre le plus important â un chant dâamour au cinĂ©ma comme rempart face Ă la barbarie. Le film est Ă la fois inspirĂ© par le septiĂšme art et ses stars (dâErrol Flynn Ă Humphrey Bogart) et plein de rĂ©fĂ©rences directes Ă lâamour quâil provoque chez ses spectateurs, Ă travers les magazines que lit le hĂ©ros porcin ou les dessins animĂ©s quâil aime tant regarder.

NausicaÀ de la vallée du vent
Le deuxiĂšme film dâHayao Miyazaki est aussi le premier basĂ© sur lâun de ses scĂ©narios (il adapte son propre manga) et fait donc office de note dâintention majeure. Le rĂ©alisateur montre quâil ne fait pas que raconter des histoires : il crĂ©e des mondes de toutes piĂšces. Le choc est total lorsque la petite communautĂ© agraire de lâhĂ©roĂŻne subit lâassaut dâune nation sans scrupule dans un univers postapocalyptique. Une forĂȘt toxique constitue lâautre menace. Princesse de sa vallĂ©e, NausicaĂ€ tente de redresser lâĂ©quilibre du monde. Comme la saga Star Wars, le film montre de quelle façon la perception singuliĂšre dâune personne peut influer sur les Ă©vĂ©nements. Dans cette profession de foi fĂ©minine et progressiste, Miyazaki plaide pour les efforts collectifs de lâhumanitĂ© contre la tentation de la destruction. Une saga compassionnelle Ă dĂ©couvrir absolument.

Le ChĂąteau dans le ciel
Dans cette premiĂšre production du Studio Ghibli (fondĂ© en 1985), Hayao Miyazaki fait preuve dâaudace en imaginant une flotte de machines volantes vintage. Le film suit une jeune fille pleine de rĂȘves qui se demande si le cristal lumineux dont elle a hĂ©ritĂ© la mĂšnera jusquâĂ la citĂ© volante lĂ©gendaire de Laputa â un emprunt du rĂ©alisateur aux Voyages de Gulliver de Jonathan Swift. Le plaisir intense des scĂšnes de poursuite et de combat en suspension reste aussi fort aujourdâhui, malgrĂ© les moyens technologiques rudimentaires dont disposaient les animateurs du studio japonais. Un fond Ă©cologique trĂšs contemporain sous-tend le film et le rend pertinent en 2020, mais câest dâabord â et surtout â sa grande puissance dâimagination qui sĂ©duit. Le paysage de Laputa est de toute Ă©vidence le produit dâun visionnaire de gĂ©nie.

Carol
InspirĂ© dâun roman de jeunesse signĂ© Patricia Highsmith, le sixiĂšme long-mĂ©trage de Todd Haynes (Velvet Goldmine, Loin du paradis) se glisse dans les vies contrariĂ©es de deux femmes amoureuses dans les annĂ©es 1950. JouĂ©es par Cate Blanchett et Rooney Mara, elles se rencontrent dans un grand magasin new-yorkais oĂč lâune travaille comme vendeuse tandis que lâautre, mariĂ©e, vient y faire ses achats. Elles entament une relation timide et interdite : le monde contre leur bulle. Avec une dĂ©licatesse infinie, Haynes filme la naissance du dĂ©sir lesbien et sa rĂ©pression simultanĂ©e par les codes normatifs. Carol se dĂ©ploie alors comme un beau mĂ©lodrame et un grand film dâamour oĂč rien ne compte plus que deux mains ou deux bouches qui se frĂŽlent, oĂč les dĂ©tails des sentiments chuchotĂ©s sâincarnent avec fiĂšvre. On pense parfois Ă In the Mood for Love de Wong Kar-wai, ce qui situe lâintensitĂ© de cette romance quâon nâoublie pas.

Le Conte de la princesse Kaguya
Cette splendeur est le chant du cygne du grand rĂ©alisateur dâanimation Isao Takahata, dĂ©cĂ©dĂ© en 2018. Le cofondateur du Studio Ghibli nâa jamais atteint la renommĂ©e internationale de son partenaire plus prolifique, et peut-ĂȘtre plus accessible, Hayao Miyazaki. Il nâen reste pas moins grand. Le Conte de la princesse Kaguya est un film dĂ©licat ancrĂ© dans le folklore japonais. On y dĂ©couvre une fille de paysans qui devient princesse et se construit une vie au palais impĂ©rial. MalgrĂ© ses sources mythologiques, le film ne sâappuie pas sur un univers de fantasy, prĂ©fĂ©rant un rĂ©cit simple aux couleurs pastel Ă©lĂ©gantes, oĂč sâinvente une histoire dâamour saupoudrĂ©e de satire sociale. Le rĂ©cit dĂ©colle Ă mi-parcours avec lâune des plus belles scĂšnes de tout le catalogue Ghibli. Nous ne sommes pas vraiment devant un film pour enfants. Le Conte de la princesse Kaguya demande patience et ouverture dâesprit, offrant en retour une mĂ©ditation douloureuse sur lâamour, le grand Ăąge et la dignitĂ© au moment de quitter ce monde. Des adieux Ă©mouvants.
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Sofia Coppola dans les yeux de Priscilla Presley
Pour beaucoup, elle est celle qui a vĂ©cu dans lâombre du King. Mais Priscilla Presley mĂ©ritait aussi que son histoire soit racontĂ©e, avec toute lâintensitĂ© et la dĂ©licatesse nĂ©cessaire, Ă travers le regard dâune sĆur. VoilĂ ce qui est passĂ© par lâesprit de Sofia Coppola en tombant il y a quelques annĂ©es sur le livre de mĂ©moires Elvis et moi, que Priscilla Presley, aujourdâhui ĂągĂ©e de 78 ans, avait publiĂ© en 1985. « Il traĂźnait chez moi et jâai fini par le lire aprĂšs lâavoir longtemps ignorĂ© », nous raconte la rĂ©alisatrice de 52 ans. « Jâai Ă©tĂ© surprise par le cĂŽtĂ© intime mais aussi universel de lâhistoire. Je connaissais trĂšs peu de choses sur Priscilla, alors que câest une cĂ©lĂ©britĂ© dans la culture amĂ©ricaine. Jâignorais par exemple quâelle avait vĂ©cu Ă Graceland (la rĂ©sidence dâElvis Presley Ă Memphis, achetĂ©e par le chanteur en 1957, ndlr) alors quâelle Ă©tait encore au lycĂ©e. Tout cela Ă©tait difficile Ă croire et choquant. Elle en parle trĂšs bien dans son ouvrage. Jâai Ă©tĂ© aussi trĂšs attirĂ©e par lâunivers visuel, ces annĂ©es 1960 ultra amĂ©ricaines que jâavais envie de retranscrire. »
Priscilla est le huitiĂšme long-mĂ©trage de Sofia Coppola. Il y a presque un quart de siĂšcle, elle avait dĂ©butĂ© avec un teen movie planant, le superbe Virgin Suicides (1999), avant de construire une filmographie quasi obsessionnelle autour de personnages fĂ©minins souvent isolĂ©s, dĂ©phasĂ©s dans leur tour dâivoire. Chez elle, lâennui et la solitude apparaissent toujours sublimĂ©s. On se souvient auss