Vertiges

Theatre
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Troisième volet d'une trilogie consacrée aux différentes réalités de l'immigration, 'Vertiges' est une plongée au cœur du quotidien d'une famille maghrébine.

Avec 'Invisibles' (2011), pièce consacrée à la solitude des vieux migrants maghrébins ou « chibanis », Nasser Djemaï rencontrait un succès qui lui permit une tournée de quatre ans à travers la France. Après 'Immortels', où il s'éloignait des questions identitaires qui traversent ses créations depuis son solo autofictif 'Une étoile pour Noël' (2005), le comédien et metteur en scène d'origine algérienne y revient avec une fable délicate. Un portrait fictif d'une famille de Maghrébins devenus français sans s'en apercevoir, à rebours des clichés médiatiques sur la vie des cités. Sans être une suite de 'Invisibles', 'Vertiges' en est une variation. On y retrouve le même constat d'échec du modèle républicain d'intégration. Le même désir d'inventer autre chose. 

Récit d'un entre-deux

Comme tous les héros de Nasser Djemaï, Nadir (Zakariya Gouram) est un homme à l'identité incertaine. Tiraillée. Chef d'entreprise marié à une femme française, il s'est éloigné de la cité où il a grandi avec ses parents (Fatima Aibout et Lounès Tazaïrt), son frère Hakim (Issam Rachyq-Ahrad) et sa sœur Mina (Clémence Azincourt). Lorsqu'apprenant la maladie de son père il retrouve après des années le petit appartement où tous sont encore entassés, sa belle assurance initiale ne tarde pourtant pas à se fissurer.

Au fil des courts tableaux qui donnent à voir la famille dans son quotidien de débrouille et de résignation, le fils prodigue révèle en effet non seulement l'effritement de son couple, mais aussi son manque de repères lié à un transfuge de classe mal assumé. Alors que 'Invisibles' relatait une quête – né de l'union sans lendemain de sa mère française avec un travailleur immigré, Martin part à la recherche de son père – 'Vertiges' est le récit de cet entre-deux, sans autres révélations que de petits souvenirs arrachés au passé.

Inventions d'un rituel

Tout en dévoilant avec pudeur la personnalité complexe de chacun de ses personnages, Nasser Djemaï réalise un glissement progressif de son univers réaliste initial vers un onirisme peuplé de présences spectrales. Le huis clos s'ouvre alors sur un espace à la limite du fantastique, où les frustrations de chacun laissent place à une créativité libérée par la mort finale du père. La pièce échappe ainsi à toute amertume. A tout misérabilisme. Dites à demi-mots, par allusions, la dégradation des conditions de vie dans la cité et la présence de jeunes barbus ne formatent à aucun moment les discours et les gestes de la famille haute en couleur de Nasser Djemaï. Laquelle finit par imaginer un singulier rituel de mort, symbole paradoxal d'un espoir en des jours meilleurs.

Attention : le spectacle est joué à la Manufacture des Œillets / Le Lanterneau

By: Anaïs Heluin

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